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Pénurie d’ingénieurs en France ?

Par Christian Lerminiaux, président de la conférence des directeurs d’écoles françaises d’ingénieurs

On parle souvent d’un déficit de formation des ingénieurs en France, est-ce vraiment le cas ?

Nous formons chaque année 34 000 ingénieurs, c’est-à-dire des diplômés en Bac +5, au grade de Master. Il s’agit là d’une spécificité française, car les anglos saxons ont davantage d’ingénieurs en Bac +3 qu’en Bac + 5 !   Ces 34 000 ingénieurs sont à rapprocher des 125 000 Bac +5 formés au total.
Et ce n’est toujours pas suffisant. L’effort de formation a été considérable, puisque c’est 15 000 ingénieurs qui étaient formés à la fin des années 90.

Cette croissance d’élèves a été difficile à mettre en place, car peu d’étudiants, hormis les adeptes des matières scientifiques, étaient attirés par cette filière. La première étape de cette croissance, pour passer de 15 à 25 000 diplômés, s’est faite en montant des filières de recrutement à l’étranger, notamment en Chine, au Cameroun,…

Aujourd’hui, la totalité des diplômés trouvent du travail à la fin de leurs études, dont presque la moitié avant l’obtention de leur diplôme. Il n’y a pas de problème d’insertion professionnelle !

On estime la population d’ingénieurs en activité à 700 000 personnes. Si 1 000 d’entre eux partent en retraite chaque année, ils seront 5 000 dans les années à venir, d’où l’ambition de porter à au moins 40 000 le nombre de jeunes dipômés.

A titre de comparaison, l’Allemagne affche un déficit de 20 000 ingénieurs par an.

La situation française ne peut pas être comprise à la simple lecture des chiffres ; les difficultés de recrutement d’ingénieurs concernent essentiellement les PME situées dans des bassins d’emploi régionaux, où les diplômés hésitent à venir. Une des solutions passe par l’apprentissage, qui porte sur 15 % des formations.

Comment sont-ils formés ?

Ils sont esssentiellement issus de 3 filières :

– les écoles classiques (Mines, Ponts et Chaussées, X, Centrale etc) rattachées directement aux ministères,

– les écoles privées, (Supélec, ECE, ESTP, ESTACA, ..) dont les effectifs ont cru fortement

– les écoles internes aux universités, (56 actuellement) nées de la réaffectation des moyens

Le cursus de formation classique : classe préparatoire en 2 ou 3 ans après bac et concours n’est emprunté que par moins de 40 % des ingénieurs. Les autres sont soit des écoles après Bac (INSA, UT, …) soit après DUT. Cette diversification des voies d’accès a donné lieu à une forte ouverture sociale (Le taux d’éleves boursiers ingénieurs est supérieur à celui des cursus masters sciences et techniques).

Ces formations sont très demandées, car les ingénieurs sont à la fois opérationnels et disposent d’un fort potentiel. Un ingénieur débutant sait apprendre, identifier les problèmes, chercher des outils,…

En fin, nous n’observons pas de « fuite des cerveaux » : si 15 % des diplômés partent à l’étranger, c’est aussi 15 % d’élèves qui viennent de l’étranger.

Quelle représentation les étudiants se font-ils du métier d’ingénieur ?

Aucune ! Le terme d’ingénieur est assez abstrait. Ce n’est pas, en soi, un métier, et des ingénieurs exercent des fonctions extrèmement variées. Les prescripteurs sont essentiellement les parents et les enseignants ; un enfant ou un lycéen ne rencontre pas facilement un ingénieur, à titre professionnel.

D’ailleurs, le contenu pédagogique est très axé, au début de la formation, sur les possibilités qu’offre le diplôme d’Ingénieur.

La féminisation atteind 26 % des jeunes diplômés 2014 et croit régulièrement de 0,5 % par an. Mais les domaines de l’informatique et de la mécanique n’attirent pas 10 % de jeunes femmes, qui sont globalement attirées par des filières commerciales, alors que vie privée/professionnelle est bien meilleur pour les ingénieurs. Il reste un travail de communication à faire.

Comment ajuster les formations aux besoins des entreprises ?

Les modalités sont encore assez classiques, principalement autour du triptyque cours/travaux pratiques / travaux dirigés, avec toutefois des développements vers la recherche documentaire. Les étudiants sont souvent assez matures dans leurs pratiques numériques.

Pour identifier les compétences dont les ingénieurs devront disposer dans… 5 ans minimum, les écoles ont mis en place des dispositifs variés, le premier étant la ccopération avec les entreprises dans le cadre de la recherche. Les forums, les bureaux de formation, la participation de professionnels d’entreprise aux cours apportent aussi des éléments concrets d’orientation d’enseignements.

Enfin, quels sont les développements envisagés par les écoles ?

En premier lieu, des actions de communication sont nécessaires, auprès des enseignants du secondaire, des parents d’élèves. Ensuite, resserrer les liens avec les entreprises, via leurs instances de gouvernance d’une part, et en s’ouvrant davantage à la formation continue d’autre part.

Enfin, l’offre de conseil en carrière et formation pour les diplômés est sans doute à renforcer. Le monde évolue, les besoins d’accompagnement s’en font sentir.

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