Des RH numériques ?

Comment former de futurs cadres de l’innovation digitale ?

Par Anne Lalou, Directrice de la Web School Factory

1/ Pourquoi avoir créé une nouvelle école ?

Le développement du numérique change fondamentalement les règles du jeu dans tous les secteurs de l’économie ; il revisite les modèles d’entreprise, les organisations et par conséquent les métiers et les compétences à y exercer. C’est pour répondre à ces nouveaux défis qu’à été créée la Web School Factory, avec la volonté de décloisonner les parcours et de former les futurs managers de l’innovation digitale. Les étudiants y suivent, après le bac, une formation en 5 ans où ils pourront acquérir une vision complète des dimensions commerciales, créatives et techniques des métiers qu’ils exerceront à leur sortie.

Notre ambition est de donner à nos étudiants les clés de lecture du milieu professionnel dans lequel ils vont évoluer : plus mouvant, plus complexe, plus interconnecté et parfois plus contraint. Ainsi, nous leur donnons les moyens de construire leur employabilité et donc d’avoir le choix !

Le cursus de la Web School Factory est à l’image ce de nouvel environnement. Nous sommes animés par une volonté d’ouverture et d’hybridation et les étudiants sont au contact d’acteurs d’horizons très différents : grandes entreprises, start-ups, labos de recherche, … Ce qui va leur permettre de développer autant leur savoir-être que leurs savoir-faire, la combinaison et l’équilibre des deux étant un des fondements de la Web School Factory.

 

2/ Qu’est ce qui caractérise le monde digital ?

Le numérique impulse un mouvement permanent dans toutes les activités. Les offres, les services, les modes de consommation et de distribution évoluent sans cesse grâce aux nouvelles technologies et aux nouveaux usages qu’elles induisent. Nous ne savons pas quels seront les métiers les plus demandés demain, ni les nouveaux métiers qui vont apparaître, même à court terme. Mais nous savons que de nouveaux métiers vont émerger.

Comme nous l’enseignons à nos étudiants, il faut donc apprendre à apprendre, et faire preuve d’innovation et de souplesse jusque dans la construction de notre pédagogie. Par exemple, nous savons que des cours sur les bases de données sont indispensables mais pour ce qui concerne notre première promo quand ils seront en cinquième année – c’est-à-dire dans deux ans – le détail de ces cours ne sera défini … que dans deux ans et pas avant car l’état de l’art de 2015 en la matière sera sans doute obsolète d’ici là !

Et puis, le digital abolit « virtuellement » les frontières. L’ouverture à l’international et la maîtrise de l’anglais sont aussi des impératifs. Nous avons d’ailleurs noué des partenariats avec une dizaine d’universités étrangères où nos étudiants partent faire un semeste en 3ème année avant de recevoir des cours en anglais en 4ème et 5ème année.

Enfin, nous sommes convaincus que le « collaboratif » et le travail en mode projet sont des axes managériaux sur lesquels les entreprises doivent mener leur « révolution ». Et, même si l’idée est encore peu répandue dans nos organisations, l’heure est bien à la co-construction et à l’open innovation. Les entreprises qui souhaitent réussir leur transformation digitale et intégrer ces nouveaux profils de la génération C (Communicante, Connectée, Collaborative) vont devoir faire évoluer leur habitudes et leurs comportements. Il en va de leur agilité et de leur compétitivité.

 

3/ Quels sont les fondements de la formation ?

Le numérique casse les codes et revisite la distinction classique entre des savoir-faire généraux et une expertise précise. Ce reformatage est une des pierres angulaires de la formation aux métiers du numérique telle que nous la concevons à la Web School Factory.

Nous avons donc construit une formation axée sur la polyvalence , qui associe des enseignements généraux (entrepreneuriat, droit, expression écrite, langues, management de la complexité,..) avec 3 composantes essentielles de la culture digitale : Design, e-business et technologique numériques.

Chaque étudiant mettra l’accent sur une de ces 3 disciplines, qui constituera son domaine d’expertise, sa Majeure. Les deux autres domaines lui seront enseignés comme ses Mineures. C’est l’association des trois qui, constituant un socle de compétences, permettra de travailler et de dialoguer avec l’ensemble des parties prenantes d’un projet et d’en avoir une vision d’ensemble.

Ensuite, nous connectons « apprendre » et « faire » en valorisant le travail collectif. Intégrés à la pédagogie, nous avons conçus, avec des entreprises partenaires, douze modules d’interactions qui permettent aux étudiants de travailler en équipes sur des projets réels, avec une problématique tangible. Par exemple, lors d’un week-end challenge pour un grand groupe hôtelier, c’est en observant les processus du nettoyage des chambres que des étudiants ont conçu un nouveau dispositif « connecté » pour le personnel ; il permet de diminuer la pénibilité tout en améliorant la productivité. Ce projet a été présenté par un étudiant au COMEX de ce groupe du CAC 40. Difficile de faire plus concret !

De plus, la plupart des intervenants à la Web School Factory sont issus du monde de l’entreprise. Ils en importent les codes au sein de l’école et sont en phase avec la réalité.

 

4/ Pouvez vous décrire vos nouvelles approches pédagogiques ?

Tout d’abord nous avons une approche originale du recrutement. La principale étape consiste en l’examen d’un dossier bien sûr, mais se fait surtout sur la base d’un « manifeste » où chaque candidat explique de façon libre pourquoi il souhaite nous rejoindre en nous faisant partager sa curiosité, sa créativité, ses projets, … Chaque promotion est construite comme une équipe, qui fonctionne de façon optimum à condition que chacun de ses membres l’enrichisse de compétences diverses.

Nos règles d’évaluation privilégient le collectif, en partant du principe que l’apprentissage de l’autonomie et de la gestion de projet doit se faire tôt. Dans un travail de groupe, lorsqu’une seule personne a fait le travail, personne ne s’enrichit, ni professionnellement, ni personnellement. Lors de l’examen d’un projet, nous évaluons le qui a fait quoi, et valorisons la conduite d’un projet où chacun a pris sa place.

Et en tant que jeune école d’un nouveau genre, nos étudiants nous challengent aussi sur les méthodes d’enseignement : pédagogie inversée, cours en streaming, labo, etc. Nous expérimentons ensemble de nouveaux formats éducatifs … en attendant de voir arriver les pilules de la connaissance comme le prédit Nicholas Negroponte, fondateur du MIT Media Lab !

 

5/ Et enfin, qu’est ce qui ne se numérise pas ?

A moins que, demain, les imprimantes 3D ne soient capables de reproduire ce qui est du ressort du cognitif, et même si les objets connectés peuvent aujourd’hui « quantifer » toutes sortes de données, il reste encore des domaines comme les émotions, l’expression de la personnalité (intuition, créativité, intelligence des foules, affect, …), l’humour, … que même des formes avancées d’intelligence artificielle ne maîtrisent pas totalement. Bref « l’humain » a encore de beaux jours devant lui !

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