Des RH numériques ?

« Fabricant des possibles »[1] : une initiative originale d’une profession vers l’enseignement supérieur et les jeunes diplômés

Par Hervé Baculard, Président de Syntec Conseil en management[2] depuis 2010, Co-fondateur du cabinet Kea&Partners

 

Optimisme, engagement, innovation : ces ingrédients de la confiance et de la croissance sont-ils à l’appel ? C’est le défi que les professionnels du conseil en stratégie et management se sont lancés en travaillant ensemble pour avoir plus d’impact.

Chaque année, ce sont environ 2500 jeunes qui débutent une carrière de consultant, issus à parts égales d’écoles de commerce et d’écoles d’ingénieurs. Alors tout va bien ? Oui car le conseil est le premier recruteur de jeunes diplômés des grandes écoles[3]. Est ce suffisant ? Non car le monde est en pleine mutation : répondre aux aspirations de la jeunesse, maintenir l’attractivité de la maison France et à moyen terme le maintien de ses centres de décision, disposer des compétences et de l’état d’esprit pour réussir demain, développer l’innovation, en particulier dans le management des entreprises, talon d’Achille du tissu économique français[4] , … les défis sont nombreux. Chaque entreprise de conseil agit envers l’éco-système éducatif avec son positionnement et son rayonnement ; mais c’est au niveau de la profession, réputée « individualiste » et où la concurrence est « vigoureuse », que peut aussi se jouer la partie: 3 exemples.

Optimisme envers l’avenir

Le pessimisme est une caractéristique que personne ne nous envie ! L’antidote « Inventer l’entreprise de demain » est une façon d’associer les jeunes en cours de formation dans un concours en ligne (serious game), une façon de réinventer les traditionnels « amphi retap ». Alors que ce type de Challenge est généralement initié par une seule entreprise, Syntec conseil en Management a permis à l’ensemble de ses 90 entreprises adhérentes de s’investir dans le dispositif. Pour sa première édition, le #ChallengeConseil a conquis plus de 100 équipes réunissant en moyenne 3 étudiants, avec une prime dans le classement final à celles qui auront constitué des équipes multi-disciplinaires : écoles/universités ; ingénieur/commerce/sciences sociales,… Inventer des nouvelles relations, refondre le modèle hiérarchique, ouvrir l’entreprise sur l’extérieur, le consultant a un rôle de « fabricant des possibles ». Ce concours est l’occasion pour des étudiants de masters de « se mettre dans la peau d’un consultant » en livrant leur vision de ce que pourrait être l’entreprise du futur. C’est aussi l’occasion de confronter leurs idées à celles de professionnels du Conseil : les 30 premières équipes présélectionnées fin novembre, seront aidées chacune par une société de conseil ; ce « mentoring» permettra de les faire bénéficier de l’expérience du consultant pour peaufiner leurs recommandations et accéder à la finale. Associer rêve et pragmatisme, un pari osé en période de mutation, où les comportements de repli sont légion.

Innover : associer recherche et développement

Les consultants sont issus des universités mais l’ont parfois oublié ! Arthur D. Little était professeur au Massachusetts Institute of Technology, Harvard a fait émerger tout au long du XX siècle de belles marques de Conseil. Les grandes écoles de management françaises ont constitué tardivement leur outil de recherche à la différence des universités anglo-saxonnes. Ce retard a été admirablement comblé ces dix dernières années, écoles et universités confondues, permettant de faire émerger une génération de chercheurs en management. Rapprocher écoles et entreprises, c’est également rapprocher pratiques professionnelles et recherche académique. Mais comment nouer des liens entre mondes qui parfois s’ignorent ? C’est pourquoi Syntec Conseil en Management a créé le Prix académique de la Recherche en Management avec un objectif : valoriser les publications de Recherche en Management et favoriser le rapprochement entre enseignants-chercheurs et consultants. Le consultant, vecteur naturel d’innovation, se nourrit en effet des réflexions et de la prise de recul inhérente à un travail de recherche scientifique qu’il traduit de manière plus opérationnelle au service de ses clients. Il peut ainsi constituer une « courroie de transmission » unique entre la recherche académique et le terrain. Pour sa sixième édition, le « Roland Garros[5] de la recherche » a rassemblé près de 200 chercheurs, issus d’écoles et d’universités réparties sur l’ensemble du territoire. Les quatre catégories – stratégie, management, organisation, technologie – et la cérémonie de remise des prix ont une fois de plus permis aux chercheurs de se confronter aux « demandes des entreprises » et aux professionnels du conseil « d’élargir leur horizon » : un dialogue mature pour avancer sans idéologie et idées préconçues !

Anticiper et être mieux préparé aux défis futurs: créativité et intuition

Séduire les étudiants ! Le mot d’ordre de la guerre des talents apparait souvent comme un mouvement à sens unique. Mais que pensent les consultants au bout de 4 à 5 ans de carrière de leur formation dans ces parcours dit d’excellence ? Peut-on aussi confronter l’adéquation entre besoin des entreprises et compétences, tout en respectant le savoir-faire et la légitimité du corps enseignant ? C’est l’objet de l’initiative de Syntec conseil en Management, sur la base d’un questionnaire envoyé à plus de 300 consultants.

Les résultats témoignent d’abord du maintien de l’excellence des formations, spécificité française parfois injustement critiquée, en témoigne la facilité avec laquelle 25% de ces diplômés trouvent des emplois intéressants en dehors de nos frontières. En ressort aussi un certain nombre de champs de progrès à portée de main. Pour cela enseignants et consultants doivent se mobiliser dans trois domaines. Tout d’abord faire émerger plus de créativité ; la patrie de Descartes aime ce qui se formule très (trop) clairement mais doit laisser plus de place à l’intuition, à l’émotion, ingrédients nécessaires pour sortir du cadre. Dans le prolongement de ceci, il ressort aussi que nos étudiants doivent être mieux préparés à la gestion des conflits, à gérer l’inter-personnel , l’individualité comme richesse et non comme frein à l’alignement ou à la rationalité ; enfin le tout numérique et la génération « poucette » doivent réapprendre l’écoute active, la valeur ajoutée d’une réflexion autonome face à l‘abondance de « prêt à penser ». Ces premiers échanges avec certaines équipes éducatives permettent de rompre les frontières professionnelles et d’aborder des points qu’un dialogue entre une seule entreprise et l’appareil éducatif rendrait difficile voire présomptueux.

En conclusion

Le capital humain se constitue au plus près du processus de formation des jeunes ; il reste une richesse incomparable de notre pays. L’action collective au sein d’une profession est utile voire nécessaire pour être compétitif demain. Le travail inter-entreprise vis-à-vis de l’écosystème éducatif est une voie de progrès et de richesse pour toutes les parties.

Si vous souhaitez prolonger le débat : herve.baculard@kea-partners.com

 

[1] Selon l’expression d’Erik Orsenna

[2] Syntec Conseil en Mangement regroupe 90 adhérents représentant 60% de la profession, sur une population totale de 20 000 personnes.

[3] Source : Enquête de placement des étudiants publiée par la Conférence des Grandes Ecoles

[4] Source : OCDE sur l’innovation

[5] Expression de l’un des chercheurs en 2013 !

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